Je viens de finir un roman de Michèle Kahn, « le rabbin de Salonique », qui a, malheureusement, si peu du roman et qui raconte l’engrenage dans lequel est pris le rabbin Zvi Koretz au cours de la spoliation et la déportation massive vers les camps de la morts des juifs de Salonique.

Ce rabbin étranger, puisque arrivant de Berlin, est contesté mais il devient après la guerre l’objet d’une haine de ses coreligionnaires qui l’accusent d’avoir fait le jeu des nazis à la tête du Judenrat, ou son équivalent. Nous connaissons ces mêmes débats en France avec l’UGIF, et ici comme à Salonique, nous devons avoir un peu de pudeur et nous demander, avec beaucoup de prudence, comment, mis dans une telle situation où il n’y a pas de bonne solution, nous même aurions agit…

Si le livre de Michèle Kahn a le courage de montrer certains profiteurs, elle trace le portrait du rabbin Koretz avec une grande honnêteté, dans ses contradictions et sa foi, sa naïveté et sa roideur si germanique, alors qu’il est dans un monde séfarade, plus rond, plus souple et peut être plus rêveur.

Il y a en particulier un échange terrifiant entre la femme du rabbin et une madame Toledano qui pense que les juifs séfarades ne sont pas concernés par les mesures d’exclusion car ils sont des « juifs latins, aryens de confession mosaïque… » En fait, le monde séfarade fut aussi touché par la fureur des meurtriers, et il suffit de lire la liste des noms des enfants d’Izieu pour s’en convaincre. Je tiens ainsi, chaque année, à me rendre à la commémoration organisée au Mémorial par l’association de l’histoire des juifs de Tunisie de Claude Nataf, pour faire mémoire des victimes d’une politique d’exclusion et d’internement qui se mettait en place en Tunisie, comme ce fut le cas en Algérie, et qui donna une chose unique, démontrant l’obsession nazie, c’est que de Tunisie, des juifs furent déportés par avion…

Mais à Salonique, le livre de Michèle Kahn nous raconte comment Aloïs Brunner met sa haine froide et sa cupidité au service de sa mission qu’il exécute à une vitesse stupéfiante et cette communauté si belle et si prospère est rayée de la carte quasi totalement. Ce livre est déchirant dans la description du mécanisme mis en œuvre pour arriver à ce résultat.

Sans vouloir trancher la question des Judenrat, il se trouve que la semaine dernière, nous lisions dans la Bible le passage où Pharaon exige des sages femmes de tuer les garçons qui naissent chez les Hébreux. Un commentateur est surpris car il pense qu’elles auraient dû démissionner de cette fonction. Mais il conclut en disant qu’elles ont eu peur que d’autres ne fassent du zèle pour sauver leur vie.

J’y ai trouvé comme une piste de réponse et sans vouloir réhabiliter ou condamner qui que ce soit, je rappelle la phrase des Maximes des pères : « Ne juge pas ton prochain avant d’avoir été à sa place ».

Mais lisez « Le rabbin de Salonique » et vous verrez par vous-même.

Haïm Korsia

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